Bande dessinée·Lire

Pas si galantes, les Indes

 » Sois endurant, mon fils. Garde toujours à l’esprit que nos mésaventures les plus cuisantes peuvent se muer, sous la patine des ans, en de savoureuses anecdotes ! « 

Quand la bande dessinée s’approprie le roman picaresque…

Les Indes Fourbes

Ayroles & Guarnido

Ed. Delcourt, 2019 (160 pages)

Un peu d’histoire littéraire ? Le roman picaresque naît en Espagne au XVIe siècle et s’épanouit aux alentours. L’appellation vient de l’espagnol « picaro » qui signifie « misérable », « futé ». Autrement dit, le roman picaresque raconte les aventures, souvent extravagantes, d’un miséreux. Peut-être avez-vous déjà lu Gil Blas de Santillane (Lesage) ou Le Paysan parvenu (Marivaux) ? Ou encore, en version moderne du roman picaresque, Le Vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire (Jonasson) ? C’est du picaresque…

Notre BD, Les Indes Fourbes, se veut la suite du Buscon, ou la vie de l’aventurier don Pablos de Ségovie, écrit par De Quevedo en 1626.

Dans le roman, on suit avec jubilation les aventures de Pablos, un vaurien qui cherche à s’élever au-dessus de sa condition. Peu importe les moyens… La fin du roman le laisse seul, embarqué sur un navire en direction des Indes (l’Amérique actuelle). La bande dessinée débute alors, in medias res, sur le pont du navire, enfin, plutôt dans les cales, là où se tiennent les tripots. D’emblée, le ton est donné : « gueux j’étais, gueux je resterais ». Mais pas si sûr… Tout au long de l’album, Pablo fait vivre au lecteur de nombreux rebondissements dans sa quête acharnée de l’ascension sociale, des tréfonds d’une mine aux sommets des Andes, en passant par un Eldorado illusoire. Il manie, tel un virtuose, l’art du récit et ménage ses effets d’attente. Et on se prendrait presque de sympathie pour lui… Presque, car Pablo est un véritable vaurien, sans scrupules aucun. Fourbes, les Indes, sans aucun doute.

De bonnes raisons de lire cette bande dessinée ?

  • Alain Ayroles est au scénario ! Et il affirme une fois de plus sa maîtrise de l’écriture. Ayroles, le scénariste de Garulfo, de Cape et de Crocs, de D… Ayroles, quoi. Plus que des bulles, c’est un roman que nous lisons. Le style est riche, fluide et envole le lecteur. La construction du scénario achève d’enfermer le lecteur dans sa lecture : construit en triptyque, il déjoue nos croyances et hypothèses. Alors que le premier tableau nous promène sur les traces de Pablos, le second offre un nouveau point de vue, autre que celui de Pablos, pour enfin revenir à Pablos dans un troisième tableau, emmêlant les fils narratifs jusqu’au dénouement final, pour le moins inattendu.
  • Juanjo Guarnido. Autant le dire tout de suite : je vais manquer totalement d’objectivité tant je suis admirative de son dessin (Blacksad forever)… Chaque détail, chaque case, chaque page sont autant de pépites pour les yeux. Pablos se perd pour l’or de l’Eldorado, nous, nous l’avons entre les mains.
  • La fusion de ces deux raisons : Ayroles + Guarnido = tandem d’exception. Un bel album, aussi riche d’un point de vue scénario que d’un point de vue dessin.

Le mot de la fin ?

La morale de Pablos, ou plutôt l’un des commandements de son père qu’il s’est évertué à suivre:  » tu ne travailleras point. »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s